lundi 17 août 2026

L'histoire secrète de Twin Peaks

Parallèlement à la mise en avant de l'épisode d'Over The Pop consacré à Twin Peaks et Silent Hill, je livre une review plus approfondie sur l'ouvrage de Mark Frost publié à l'époque de la diffusion de la saison 3 du chef d’œuvre télévisuel qu'il a coécrit avec David Lynch. 


L’Histoire secrète s’offre une entrée en matière brillante qui relie faits historiques — l’expédition Lewis et Clarke dans le Nord-Ouest américain, au début du 19e siècle — et mythologie spirituelle propre à l’univers de Twin Peaks (la série), tout en livrant au lecteur quelques informations sur l’identité possible de Bob, l'éponge à cauchemars. Cet enchevêtrement entre Histoire et fiction, mis en parallèle avec une réflexion sur l’opposition entre mystère ("ce qui est inaccessible à la raison humaine") et secret ("ce qui n’est connu que d’un très petit nombre de personnes et ne doit pas être divulgué"), va servir de fil directeur à l’ensemble du livre.

Par la suite, Frost s’intéresse essentiellement au cas de Douglas Milford, natif de Twin Peaks (la ville) à la personnalité controversée, et à son implication dans plusieurs projets gouvernementaux de désinformation ou d’intimidation (les secrets dont on entoure les mystères...). Cet angle d’approche permet à l’auteur d’évoquer bon nombre de phénomènes inexpliqués, survenus pour la plupart dans — ou à proximité de — l’état de Washington, depuis la fin des années 1920 jusqu’à la démission de Richard Nixon en 1974.

Brassant large, l'auteur n’hésite pas à convoquer l’affaire Kenneth Arnold, l’incident de Roswell, les projets Sign et Blue Book, les Men in Black ("Oho oho oho...") ou encore la théorie de la terre creuse. A partir de cet arrière-plan ufologique déjà bien fourni, il s'amuse à créer encore des ponts avec l’occultisme, par le biais de l’ingénieur Jack Parsons, féru d’ésotérisme et accessoirement organisateur d’orgies dans sa villa de Pasadena… S’invitent dès lors à la fête des personnalités aussi incontournables qu’Aleyster Crowley, les Illuminati ou Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie.

Cette idée de grand ballet du paranormal s’accorde plutôt bien avec l’une des lignes narratives, pas suffisamment exploitée à mon goût, de la saison 2, à savoir la disparition et le retour inexpliqués du major Briggs. Néanmoins, au fil des pages, elle tend parfois à s'essouffler, virant au catalogue convenu et donnant un peu trop le sentiment que Twin Peaks se situerait au centre d’un carrefour éruptif de tous les phénomènes étranges - et plus particulièrement des apparitions d’OVNI - survenus en Amérique depuis le début du 20e siècle. Heureusement, entre deux portions de théories du complot, le livre nous ménage un entracte bienvenu, en revenant sur l'histoire de la ville et le passé, souvent trouble, de certains de ses principaux habitants.

Même si l'auteur a l'intelligence de ne jamais donner de réponses tranchées à tous les mystères et secrets qu'il aborde, son approche très rationnelle de l'univers de Twin Peaks a le défaut de tirer l’esprit de la série du côté de la science-fiction, plutôt que de la laisser voguer dans les eaux plus opaques du fantastique. Si la lecture de son ouvrage reste très agréable, elle apprend surtout à l'amateur qui en douterait encore, que la série doit davantage son côté "barré" à Lynch. C'est peut-être là que se situe la différence entre le travail d'un artiste visionnaire et celui d'un artisan compétent.

Si vous souhaitez approfondir votre connaissance du lore fascinant de Twin Peaks, je vous invite : 

- à aller regarder l'épisode de La fin de la télévision (disponible sur la chaîne YouTube de Blast) que Pacôme Thiellement a consacré à la saison 3 ;

écouter dans la 2ème partie de l'émission d'Over The Pop qui s'intéresse à l'héritage de Twin Peaks et de Silent Hill, un podcast disponible en version courte et version longue 


mardi 11 août 2026

Short Trips : Sky Pirates

A priori, tout le monde a oublié cet ersatz d'Indiana Jones, sorti en 1986, réalisé par l'Australien Colin "Long Weekend" Eggleston et dont le titre français, Dakota Harris, assumait pleinement la nature plagiesque de la chose, au cas où l'illustration de l'affiche et la police du titre n'auraient pas suffi.


Signée par Brian May (le compositeur des deux premiers Mad Max, pas le guitariste de Queen), la bande originale de Sky Pirates mérite en revanche nettement plus d'être exhumée. Entre un orchestre vigoureux, dont certains accents évoquent brièvement les aventures de Max le Fou, et des envolées de violons romantiques, le compositeur livre une partition à la fois généreuse et attachante.

Certes, May n'est ni John Williams, ni Jerry Goldsmith, mais il parvient tout de même à apporter sa modeste pierre à l'édifice des scores d'aventure à l'ancienne (comprendre, ceux des années 80), avec panache et sincérité. 

En guise d'appetizer, un échantillon du morceau "Melanie/Escape" :  
 

Nexus-6 et Blade Runner RPG : jouer à Blade Runner

 
Je profite d'une récente mise en avant de l'épisode d'Over The Pop consacré à Blade Runner pour proposer, sous la forme d'un article, une partie de l'enregistrement que j'avais dû couper au montage — à mon grand regret ! — car trop longue pour la diffusion. Il s'agit d'un focus sur deux jeux de rôles qui ont pour cadre l'univers proto-cyberpunk de Blade Runner.   
 
  
Nexus-6 : 
 
Écrit par Olivier Legrand, prof de lettres, scénariste de bandes dessinées et rôliste depuis le début des années 1980 (notamment de Cyberpunk 2020), mais également collaborateur occasionnel du magazine Casus Belli et co-auteur du supplément Monde des Ténèbres : La France pour Vampire : La Mascarade
 
Olivier Legrand diffuse désormais gratuitement ses propres créations sur Internet comme Impérium, un jeu de rôle qui se déroule dans l’univers de Dune, La Terre des Héros qui a pour cadre la Terre du Milieu de Tolkien ou encore Solomon Kane qui permet de vivre des aventures dans l’Europe “pulp” du XVIe siècle, imaginée par Robert Howard, le “papa” de Conan le Cimmérien.  
 
Nexus-6 est décrit par son auteur comme “une adaptation, un hommage et un spin-off apocryphe (comprendre une œuvre qui n'est pas canon)” du film Blade Runner de Ridley Scott. La version du jeu, dont on parle ici, est la deuxième édition, qui date de 2021. Elle mentionne la sortie du film de Denis Villeneuve, Blade Runner 2049, et de ses préquelles, ainsi que la mise en chantier de la série d'animation Black Lotus, qu’elle cite comme source d’inspiration potentielle pour de futurs scénarios.     

Comme le suggère son titre, Nexus-6 propose au.x joueur.s d’incarner un.e Réplicant.e, c’est-à-dire un.e androïde doté.e de capacités surhumaines, mais dont la durée de vie n’excède pas quatre ans. Une mesure de sécurité implantée par leur concepteur, la Tyrell Corporation, pour éviter qu’ils ne deviennent “trop humains”. Le but des personnages va donc être avant tout de survivre, puisque qu’ils sont des fugitifs, traqués par les Blade Runners ou les agents de la Tyrell Corporation, et — qui sait — de trouver un moyen de prolonger leur existence.
 
Le jeu se déroule quelques années après les événements racontés dans le film de Scott, préférablement dans une mégapole terrienne (Los Angeles, Tokyo, Berlin, etc.). Il s’adresse avant tout aux personnes qui connaissent bien l’univers de Blade Runner, car Legrand se contente seulement de rappeler quelques bases de lore déduites, notamment, du texte d’ouverture du  film : 

  • l’univers de Blade Runner peut-être vu comme une sorte de dystopie qui mêle esthétique proto-cyberpunk (omniprésence des néons, saturation des images publicitaires, domination de grandes corporations) et rétrofuturiste, du fait d’une influence manifeste du film noir des années 30-40, dans les vêtements, les coiffures, l’architecture de certains bâtiments ;
  • l’ingénierie génétique a permis la création des Réplicants qui ne sont pas des “robots”, mais des êtres vivants artificiels ;
  • une partie de l’humanité a quitté une Terre manifestement agonisante pour aller s’installer dans les colonies de l’espace (en anglais le Off World) dont on ne sait, au final, pas grand chose.    
  • Legrand s’attarde assez peu sur la technologie, même s’il décrit certains objets indissociables de l’univers de Blade Runner : le spinner, le test de Voight-Kampf ou encore l’ESPER, qui permet d’analyser en détail une photographie.  
Les classes de personnages reflètent le fait que les Réplicants sont conçus pour servir les humains dans les colonies. On peut donc choisir entre six modèles : Assassin, Combattant, Ouvrier, Plaisir, Service et Technicien.  
 
L’âge du personnage, en début de partie, est déterminé par un jet de dé. Il va de un à trois ans et il se calcule au mois prêt, afin de déterminer au plus juste combien de temps il lui reste à vivre. Plus un personnage est “vieux”, plus il a eu l’opportunité de développer une personnalité qui lui est propre, du fait de son vécu. 

Sans rentrer dans les détails du système de règles (qui est volontairement minimaliste), on se contentera de dire que les capacités dites “humaines” du personnage — son Empathie et sa Personnalité — jouent un rôle important : ce sont les seules qui peuvent progresser au fil des parties puisque, par nature, un Réplicant a déjà été créé de façon optimale d’un point de vue physique et mental.  
 
Olivier Legrand a également créé deux suppléments pour son jeu : 
 
BR-2019, qui propose d’inverser la logique de Nexus-6 en permettant aux joueurs d'incarner un Blade Runner. Ce supplément met en avant l'aliénation du Blade Runner dont l'efficacité professionnelle (sa Détermination) peut être compromise par l'éveil de la conscience (Empathie), cette dernière étant vue comme une entrave au métier. 
 
Mémoire Vive explore la thématique du simulacre ou modèle Unique (inspiré du personnage de Rachel). Le joueur incarne un individu qui se croit parfaitement humain jusqu'à ce que son existence factice, construite sur des souvenirs et des relations implantées, soit brisée par un "Moment de Vérité". Ce supplément modifie la création du personnage pour gérer les conséquences psychologiques et existentielles du "Choc Existentiel" : le joueur doit alors chercher à se réinventer et à reprendre possession de son identité au milieu d'un monde truqué, ce qui constitue une quête d'identité à la fois désespérée et paranoïaque. Ces variations démontrent que, même si les rôles sont inversés ou ambiguës, la quête d'humanité et la confrontation à la vérité existentielle, thèmes centraux du film, restent au cœur de toutes les propositions ludiques de NEXUS-6 et de ses extensions.

Blade Runner RPG (BR RPG) est une production officielle, publiée en 2022 et conçue par Tomas Härenstam (Lead Game Designer) et Joe LeFavi (Lead Setting Writer). Härenstam est également le Lead Game Designer du jeu de rôle Alien sorti en 2019. 
 
Ce jeu place les joueurs dans le rôle de Blade Runners qui peuvent être des humains ou des Réplicants Nexus-9 (N-9). L'enjeu central — comme dans Nexus-6 — est le conflit moral et la recherche de l'âme (Soul Searching). Le personnage est souvent forcé de trouver et de faire respecter son propre code moral face à la corruption du système, dans un jeu truqué qu'il est destiné à perdre.

Le jeu se déroule dans la mégapole de Los Angeles en 2037, après l'ère du Blackout et l'effondrement de la Tyrell Corporation, alors que la Wallace Corporation a réintroduit les Réplicants Nexus-9 dans la société. La RDU (Unité de Détection des Réplicants), à laquelle appartiennent les joueurs, ne fait plus seulement la chasse aux Réplicants ; son mandat a évolué pour devenir l'autorité principale sur les technologies réglementées et elle doit désormais protéger les N-9 et les assurer d’un procès avant tout retrait.



Note d'intention

 

Bienvenue à toi, Internaute, que les courants indicibles du web ont conduit jusqu'ici ! Puisses-tu trouver, dans ce Hangar, de quoi nourrir ta curiosité. 
 
Tu y dénichera focus, micro-chroniques, archives et articles au long court, en lien avec les littératures de l'imaginaire, la musique de film, le jeu vidéo, le jeu de rôle, l'illustration ou encore le cinéma. 
 
Depuis trois ans que j'anime — seul ou en équipe — des émissions sur les ondes de Radio Clapas, j'amasse sur mon disque dur, ou dans un coin de ma tête, un paquet d'idées et d'informations non exploitées.  
 
La forme désuète du blog me paraît finalement l'approche la plus satisfaisante pour ouvrir l'accès à ce capharnaüm de la pop culture, en me disant que ce qui me passionne pourrait toujours intéresser quelqu'un. 

Ce blog n'a d'autres ambitions que le partage et la satisfaction d'une perpétuelle curiosité.           



L'histoire secrète de Twin Peaks

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